• Alissa PELATAN

Lumière sur Squiz


Des gourdes alimentaires réutilisables pour petits et grands produites régionalement, voilà le pari ambitieux que s’est lancé Elizabeth Soubelet lorsqu’elle créait Squiz en 2014.

Cette start-up innovante qui souhaite réconcilier performance économique et utilité sociale, n’a pas froid aux yeux ! Alimentation savoureuse et responsable sont les recettes de cette start-up à succès. Elizabeth Soubelet, la co-fondatrice, nous éclaire sur son projet.on projet.


Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je suis franco-américaine, j’ai une formation de sage-femme et de professeur des écoles pour les enfants en situation de handicap.

J’ai vécu 5 ans en Turquie. J’ai accompagné mon mari qui devait s’y rendre pour des raisons professionnelles. Là-bas j’ai lancé un projet associatif visant à rapprocher les femmes turques et étrangères. J’ai toujours voulu avoir une activité au service d’une utilité sociale. En rentrant de notre expatriation, j’ai hésité à lancer une association pour favoriser la réduction des déchets.

Comment est né votre projet ?

J’ai commencé à travailler sur ce projet en 2013. J’ai 5 enfants et comme tous les petits, ils sont de grands consommateurs alimentaires, et à l’époque de gourdes de compote jetables. En plus du coût élevé, c’était trop de déchets de gourdes difficilement recyclables, sans pour autant que je puisse faire profiter mes enfants des préparations maison. J’ai donc cherché, sans succès, sur le marché des gourdes alimentaires réutilisables dans lesquelles je pouvais mettre mes compotes et yaourts maison ou industriels achetés en gros. J’ai alors cherché sur internet et j’ai réussi à trouver des gourdes réutilisables en Australie et aux USA, mais rien à l’échelle européenne. Je me suis donc dit que si je ne pouvais pas trouver ce type de produit en France, je pouvais toujours le proposer !

Quel est l’intérêt sociétal de votre start-up ?

L’utilité sociale et sociétale est multiple.

Tout d’abord, parlons environnement. L’ADEME (L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) dit toujours que le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas. Les gourdes SQUIZ sont réutilisables une cinquantaine de fois (souvent bien plus !). Depuis la création de la start-up, on a évité la production d’au moins 200 tonnes de déchets non-recyclables ce qui représente plus de 30 millions de gourdes jetables, sur les 600 millions jetées chaque année rien qu’en France.

Ensuite, je voulais que mon projet économique fasse du bien sur tous les plans, notamment sur le plan social.

Je tenais tout d’abord à produire au plus proche. Initialement, je voulais tout produire en France, mais j’ai eu des difficultés à trouver des fournisseurs qui acceptaient de me suivre. Finalement, nous avons décidé de produire les gourdes en Suisse, et de réaliser le packaging en France. Tout est emballé et expédié depuis un centre situé à quelques kilomètres de nos bureaux, et plus de 60% de la valeur finie de notre produit provient d’un rayon de moins de 100 km de Paris.

Le packaging est effectué dans un ESAT (Etablissement et Service d'Aide par le Travail). C’est une association qui offre à des personnes en situation de handicap la possibilité de s’épanouir par le travail. Aujourd’hui, le packaging des SQUIZ crée une activité pour l’équivalent de 10 personnes à temps plein. Notre logisticien est également une entreprise d’insertion qui appartient au groupe Le Relais.

Enfin, l’équipe SQUIZ est animée par un véritable esprit de solidarité. L’entreprise consacre chaque année 2% de son chiffre d’affaire à des projets caritatifs (Association Care France : projet de réadaptation des pratiques agricoles au Niger, Association Le Rire Médecin : programme de soutien aux mamans au sein des maternités, etc.).

Quelles ont été les difficultés lors de la création de votre projet ?

J’ai eu un peu du mal à préparer notre business plan. On dit souvent qu’il est dur d’entreprendre, mais si on le veut vraiment, il existe plusieurs aides. Dans mon cas, j’ai été aidée et accompagnée par une association locale des Yvelines. Grâce à cette association locale j’ai été accompagnée par un coach, puis par la suite, c’est le BGE puis Initiative France qui m’ont aidée à obtenir un prêt d’honneur par exemple. Après, mon mari, Nicolas, m’a rejointe dans l’aventure comme co-fondateur.

Par ailleurs, la principale difficulté que j’ai rencontrée a été de trouver des fournisseurs. En Europe, beaucoup de nos industries ont délocalisé une grande partie de leur production, les entreprises de création et de distribution des biens de consommation sourcent aujourd’hui principalement en Asie. Pour celles qui restent, il faut être capable de leur proposer une première commande conséquente sinon l’industrie ne modifiera pas ses standards pour votre projet...

Cependant, il ne faut pas s’arrêter à la première difficulté. Après une longue recherche, j’ai réussi finalement à trouver une PME Suisse qui a parié sur SQUIZ.

SQUIZ est certifiée Benefit Corporation mais vous n’avez pas le statut d’ESS, pourquoi ?

J’ai créé ma structure juridique en Décembre 2013, il n’y avait pas encore la réforme de l’ESS. Par ailleurs, je suis convaincue qu’il est possible de se comporter comme une entreprise bénéfique et responsable sans passer par un cadre juridique aussi normé.

Les deux approches ne sont pas incompatibles. En France, il y a six entreprises qui sont à la fois ESS et B Corp. La démarche les intéresse car B Corp propose une mesure concrète d’impact à travers toutes les activités d’une société.

Quelles sont pour vous les clefs de la réussite d’une start-up avec un intérêt sociétal ?

Ce n’est pas difficile d’être une entreprise avec une utilité sociale. Quand vous cherchez un fournisseur il faut bien sûr regarder le prix mais ce n’est pas le seul critère de sélection. Ensuite, quelle est la définition du succès ? Est-ce que le succès, c’est de faire beaucoup d’argent ou faire du bien autour de soi?

L’impératif de rentabilité existe mais nous ne sommes pas dans le profit à tout prix. Il ne doit pas se faire au détriment des personnes et de l’environnement. En même temps, sans rentabilité, on ne peut pas faire grand-chose non plus. Avec mon passé d’éducatrice et de membre d’une association, j’avais une idée mitigée sur le business, mais avec B Corp, tout a été réhabilité. Tout dépend de la manière dont on s’y prend.

Le mot commerce veut dire « échange entre les hommes ». Rien n’oblige à ce que cet échange soit déséquilibré.

Comment voyez-vous SQUIZ dans 10 ans ?

Nous avons une obligation de sortir du mono produit…. et surtout, j’espère qu’elle sera une entreprise et une marque avec un impact encore plus positif !

Quel conseil donneriez-vous à un porteur de projet qui souhaiterait se lancer dans une start-up à vocation sociale ?

De le faire !

Souvent en France, on se laisse décourager, on entend que ça sera difficile et finalement on ne fait rien. Mandela disait « Soit je gagne, soit j’apprends mais je ne perds jamais ».

Que pensez-vous du cabinet Amp Avocat ?

Maitre Pelatan est une personne passionnée qui œuvre avec ardeur et sincérité pour un rapprochement entre les structures lucratives et non-lucratives. Elle explique que les « entrepreneurs sociaux » ont leur place dans les deux mondes. Le cabinet AMP Avocat casse les barrières et aide tous les projets à grandir dans un cadre sain et heureux.

Pour en savoir plus sur SQUIZ, cliquez ici :

https://www.squiz.co/fr


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